☻Houle
COLLECTIF FASP



Critique de William Fujiwara, 11 mai 2026





“Avis de houle“

La compagnie FASP présentait au théâtre du Chariot Houle, une forme hybride de conte biographique. Le conte prend des chemins de traverse dans le réel. Comment alors raconter une vie en la tronquant par un plan de coupe, en la regardant par une lentille magique et donc déformante ?

Disons plutôt qu'une vie est faite de strates, pourrait-on alors la parcourir en inversant la perspective habituelle par laquelle on perçoit et raconte les strates de cette vie ? La question prend toute son acuité avec le choix de FASP d'aborder, pour une forme jeune public, celle d'Ulrike Meinhof, journaliste, activiste, et dirigeante du groupe terroriste d'extrême-gauche Fraction Armée Rouge, pour reprendre les termes et l'ordre de sa fiche wikipedia actuelle.

Houle aborde cette vie depuis la perspective de l'enfance, et d'abord depuis le monde de l'enfance. Ce monde qui est d'éléments, de chaleur, de lumières, de sons, d'odeurs. Un monde où la sensibilité s'épanouit, où le corps n'est pas séparé de ces matières élémentaires dont il est transi, où la réalité accepte ces esprits-compagnons de route qu'invente l'enfance. Ce bonheur plein trouve son foisonnement dans les jeux d'objets et de sons de Manon Xardel et Léa Bonhomme. Ce bonheur est un rêve, au sens où il n'est la réalité que d'une seule, et c'est dans ce rêve, cette réalité solipsiste et chatoyante, que naît l'appel du réel, la curiosité pour l'ailleurs et l'autre, dans un mouvement porté par le sens de la justice.

Houle quitte ainsi son jardin d'Eden, découvre l'immensité de la ville, l'obscurité et l'humidité des coins que le soleil n'atteint pas, et surtout la souffrance organisée, l'exploitation de la plupart par quelques uns, rassemblés autour de l'Un, le cœur du mal. Ces enjeux dressent l'arrière-plan d'affects et d'épreuves plus fondamentales : la rencontre, l'amitié, la peur de l'adversité, la fidélité dans l'adversité, l'incertitude au cœur de la détermination. Passer dans ce réel où on rencontre l'autre ne rompt pas le conte. Certains chants restent magiques, les choses restent animées et parlantes. Cependant, on regrette que les inventions de jeu au plateau pour exprimer les merveilles du jardin ne se prolongent pas au même degré pour exprimer ces logiques, tout aussi surprenantes mais plus troubles, plus composites, que suivent au dehors les êtres et les actions, et que l'enchantement du conte s'affaiblisse au moment crucial du désenchantement.

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Écrit et mise en scène collectivement par  Loïse Beauseigneur, Léa Bonhomme, Jeanne Daniel-Nguyen, Valentine Lê, Charlotte Moussié, Manon Poirier, Manon Xardel
Sur une idée de Léa Bonhomme, Manon Xardel
Écriture originale du conte par Léa Bonhomme

(Vu au théâtre du Chariot - Paris - le 23 avril 2026)